Petite histoire de la manette de jeu

L’histoire du jeu vidéo est faite d’innovations ; graphismes, son, narration. De nouvelles frontières sont fréquemment franchies. Pourtant, il y a un élément qui évolue peu depuis plus de deux décennies : la manette. Avant, les manettes avaient des formes très variées et parfois étonnantes. On le voit bien sur cette trame chronologique.

Ce n’est qu’à partir de 1995 qu’elles commencent à se ressembler en adoptant deux poignées. Mais alors, pourquoi ce design est-il devenu incontournable ? Voici l’histoire de la manette.

Manette de jeu: Les origines

Revenons à la fin des années 80. À cette époque, la plupart des manettes de consoles de jeu vidéo étaient plates. Ce format s’est imposé après le succès de la NES de Nintendo et c’était un standard au début des années 90. Mais quand Ken Kutaragi, le créateur de la PlayStation de  Sony imagine la manette de sa nouvelle console, il veut qu’elle soit plate. Il voulait arriver à une composition complètement nouvelle qui allaient surprendre tout le monde suscite des interrogations et des critiques.

Il y avait une vision plutôt marketing via un mode de développement alors qu’il était très innovant sur la console elle-même. Pourtant la manette de  Sony ne ressemblera finalement jamais à ce prototype et ça, c’est grâce à Teiyu Goto. Designer chez  Sony, il a travaillé sur les lecteurs de cassettes et créé des logos d’ordinateurs. Mais il est surtout connu pour avoir dessiné la PlayStation et ses manettes.

En observant des joueurs avec des manettes en forme de brique le problème était que les les mains couvraient les boutions et les doigts sont crispées autour de cette petite brique et ça lui paraissait une sorte d’évidence de descendre les mains et libérer l’espace avec plus de fonctionnalités et une meilleure prise en main.

Teiyu Goto est un peu trop précurseur pour sa hiérarchie qui rejette au début ses idées, mais il ne baisse pas les bras. Et c’est finalement auprès d’un homme très haut placé qu’il va trouver du soutien. Dans des circonstances incroyables, il se retrouve à remplacer le chauffeur du PDG de Sony de l’époque Norio Ohga. Il est notamment connu pour avoir contribué au développement du CD.

Teiyu Goto profite de ce moment pour lui présenter sa manette et le PDG est emballé par cette idée et trouve que c’est vraiment la meilleure solution. Il va le soutenir contre vents et marées jusqu’à l’adoption finale de la forme actuelle du poignet.

En décembre 1994, la PlayStation est commercialisée au japon, puis en septembre 1995 on la découvre en Amérique et en Europe. Le monde du jeu vidéo lui s’initie rapidement aux manettes à poignée de Sony. Ce qui va contribuer à leur succès, c’est l’essor des jeux en 3D pour lesquelles la console est conçue.

Il faut savoir que dans un jeu vidéo en 3D on conjugue deux types de mouvements ; le déplacement du personnage et les mouvements de caméra à l’intérieur du jeu. Avec la première manette de PlayStation, les joueurs utilisaient la croix directionnelle pour gérer les déplacements et les gâchettes servaient à gérer les axes de caméras. Sur la Nintendo 64 sortie deux ans plus tard, un mini joystick permet de gérer les déplacements plus efficacement.

Sony riposte donc en proposant dès 1997 une manette équipée de deux joysticks. Et il faut attendre plus de deux ans pour que des jeux comme Quake 2 Medal of Honor Underground 2000 proposent une véritable utilisation du second joystick de la manette PlayStation.

On s’en sert désormais pour orienter la vision en même temps que l’on se déplace avec le joystick gauche. La forme de la manette prend alors tout son sens.

Au début des années 2000, la manette avec deux poignets et de joysticks devient donc la référence pour les consoles qui succède à la PlayStation.

Preuve de son succès, en 2020 ce design est toujours la norme. On retrouve les deux poignets, les joysticks et les gâchettes sur les manettes de la PlayStation 5 des Xbox Series S et Series X. Les fondamentaux du modèle de 1997 sont toujours là.

Y-a-t-il un modèle parfait des manettes de jeu ?

Si les manettes à poignets ont un telle succès, c’est parce que les jeux d’aujourd’hui s’y adaptent. Cela répond au principe des « Golden Hands », (les mains en or). Cette règle a installé des habitudes de jeu qui permettent aux joueurs assidus de se perfectionner depuis plusieurs décennies.

Mais pour les spécialistes des jeux vidéo, impossible de prouver qu’il existe un modèle parfait, car l’adoption de la manette est aussi très subjective. Et si un joueur préfère un modèle plutôt qu’un autre, c’est souvent parce qu’un constructeur a réussi à le fidéliser de consoles en console.

La fidélisation est cruciale dans l’industrie vidéo ludique dont les revenus sont estimés à plus de 100 milliards d’euros chaque année. Il est ainsi risqué de transformer radicalement les manettes à poignets.

Les modèles de 2020 proposent plutôt de les moderniser, redessiner leur look, ajouter de la lumière, de petits boutons ou de nouveaux composants à l’intérieur.

Alors elle a beau être iconique, cette manette à poignets et concurrencée à la fois par l’écran tactile du smartphone qui s’est imposé comme le premier marché vidéo ludique dans le monde et le clavier la souris utilisé pour jouer sur PC.

Plusieurs études comme observent que les revenus des jeux vidéo sur PC dépassent celui du secteur des consoles. Quand on compte uniquement les revenus des jeux. Ce marché a été dynamisé par des jeux jouables gratuitement en ligne comme Fortnite ou League of Legends qui est d’ailleurs comme beaucoup de jeux de stratégie plus difficile à jouer avec une manette.

Enfin sur le marché des consoles lui-même, depuis la Wii lancée en 2006, Nintendo a fait des propositions de manettes alternatives. Une stratégie volontairement en décalage avec  Sony et Microsoft notamment pour séduire un public plus large.

Mais la firme japonaise a quand même proposé en option des manettes à poignets et prouvant que ce design reste la norme coûte que coûte.

Et vous ! Quel est votre modèle préféré dites-le nous dans les commentaires. Moi personnellement c’est celle-ci :